Guinea Alumina Corporation (GAC): La Directrice Générale nous parle du projet

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Bonjour Madame, Vous êtes la Directrice Générale de Guinea Alumina Corporation S.A (« GAC »), pourriez-vous nous dire plus sur le projet GAC?

Guinea Alumina Corporation S.A. (« GAC »), une entreprise d’extraction minière détenue à 100% par Emirates Global Aluminium (« EGA »), se consacre actuellement au développement de son projet d’exportation de bauxite et d’alumine en République de Guinée. La décision d’investir en Guinée est un volet crucial de la stratégie de sécurisation en amont d’EGA: la Guinée est riche en ressources minérales, dont le minerai de fer, la bauxite, les diamants et l’or. Le pays abrite plus de 7 milliards de tonnes de réserves de bauxite (équivalant à 27% des réserves mondiales). De plus, la bauxite guinéenne possède la qualité parmi les plus élevées au monde, notamment eu égard à la haute teneur en alumine et aux faibles niveaux de silice et est ainsi fortement recherchée sur le marché international. 

Bien! Parlez- nous de l’historique de ce grand projet pour savoir comment tout a commencé?

Oui, bien sûr! Le projet Guinea Alumina Corporation fut fondée en 2001 lorsque Global Alumina, à l’époque une petite société minière Canadienne cotée en bourse, obtint la Concession Minière 149 du gouvernement Guinéen pour construire et exploiter une raffinerie d’alumine ainsi que l’infrastructure s’y rapportant. En 2007, Global Alumina céda une participation majoritaire dans le projet à BHP Billiton (33.33%), Mubadala (8.33%) et DUBAL (25%) et conserva une part de 33. 33%.

Le projet avança à un bon rythme grâce à l’achèvement d’une étude de faisabilité susceptible d’un concours bancaire (Etude de Faisabilité Bancable) ainsi que l’approbation de l’Évaluation de l’Impact Environnemental et Social (« ESIA »). Parallèlement, les partenaires organisèrent des discussions avancées de sur le financement avec différents établissements de crédit intéressés. Cependant, la crise financière mondiale de 2008/2009 eut un impact sur la capacité et l’intérêt de certains des partenaires à financer leur part des fonds propres. Malgré ces difficultés, les partenaires ont maintenu un certain nombre d’engagements professionnels, en plus d’un certain nombre d’activités sociales et environnementales dans la zone du projet.

Après un changement de stratégie au sein de BHP Billiton et Global Alumina en 2013, Mubadala et DUBAL acquirent les parts restantes du projet en mai 2013 et transférèrent la propriété de GAC à Emirates Global Aluminium (« EGA »), nouvellement créée. En novembre 2013, un protocole d’amendement fut signé avec le gouvernement Guinéen concernant un investissement de 5 milliards de dollars américains en deux phases. Le champ d’application du projet GAC amendé fut ratifié à l’unanimité par l’Assemblée Nationale de Guinée en juin 2014 pour autoriser l’exécution par phases du projet, avec l’extraction de la bauxite à des fins d’exportation dans la Phase I (dont le début des opérations est prévu en 2017) et la raffinerie d’alumine dans la Phase II (dont le début des opérations est prévu 2022).

Grâce à la ratification par l’Assemblée Nationale des amendements à la Convention de Base, le régime juridique, fiscal et réglementaire attribué à GAC a été formellement établi par le gouvernement Guinéen. Il comprend des garanties par le  gouvernement de la République de Guinée contre l’expropriation ou la nationalisation et la flexibilité relative à l’embauche, à la sélection de sous-traitants et de fournisseurs, à l’importation de matériaux du projet, à la gestion du change et des devises. La Convention de Base, telle que modifiée, réitère également la structure de propriété et la portée du projet.

Pourquoi,  selon vous,   les anciens actionnaires du projet ont abandonné le plan de développement d’une raffinerie?

Je ne suis pas en mesure de parler au nom des anciens actionnaires, mais il faut se rappeler qu’après 2008, il était très difficile de lever des fonds sur les marchés boursiers pour les projets miniers, et que l’industrie de l’aluminium a été confrontée à des difficultés d’investissement. Sous EGA, le champ d’application du projet GAC a été ratifié par l’Assemblée Nationale en juin 2014, en tenant compte des objectifs de développement de la Guinée, en définissant son exécution en deux phases dont :

La PHASE I qui verra:

  • Le développement d’une mine de bauxite entièrement nouvelle à Sangaredi, dans la région de Boké;
  • La construction d’un terminal portuaire multi-utilisateurs (le Terminal Portuaire de GAC) et d’un quai commercial dans le port de Kamsar ;
  • Une amélioration du réseau ferroviaire existant, reliant les sites de la mine et de la raffinerie au port de Kamsar, afin de permettre le transport de la bauxite de la mine et de l’alumine de la raffinerie vers le Terminal portuaire de GAC et l’importation des consommables pour la production d’alumine ;
  • De différents travaux au port et dans le chenal, y compris un chenal de navigation élargi et une opération de transbordement pour permettre l’exportation de la  bauxite par de plus grands navires ;
  • La construction de l’infrastructure de support pour les opérations d’extraction, ferroviaires, du terminal portuaire et maritimes.

Et la PHASE II qui aussi verra:

  •  L’expansion de la mine de bauxite et du réseau ferroviaire existant ;
  • La construction d’une raffinerie d’alumine de deux millions de tonnes par an en 2022  et
  • L’expansion du Terminal portuaire de GAC, impliquant la construction d’un poste d’amarrage supplémentaire. 

Vous savez … il y a une perception ou (si vous voulez) une sorte de spéculations selon lesquelles lorsque les Emiratis (EGA, comme vous le dites) ont racheté le projet GAC, il y a environ deux ans, l’accord avec la Guinée était maintenant au lieu de travailler sur le projet de construction de l’usine d’alumine, les émiratis ont préféré exporter la bauxite pour alimenter leur propre usine, une grande perte pour la Guinée si cela est vrai….n’est-ce pas?

On peut comprendre pourquoi cette fausse information a surgi, puisque de nombreux engagements pris par les  investisseurs antérieurs n’ont pas abouti. Toutefois,  considérant la position d’EGA sur le marché de l’aluminium, nous sommes le seul grand (parmi les top 5 en dehors de la Chine) producteur qui ne dispose pas de notre propre capacité de production d’alumine. Nous consommons actuellement près de 5 millions de tonnes d’alumine par an que nous achetons sur le marché international, y compris de la part de nos concurrents! Il est donc impératif qu’EGA développe sa propre capacité d’approvisionnement en alumine. Étant donné que nous ne disposions pas de capacités de conception, d’exécution ou d’exploitation pour atteindre cet objectif, nous avons commencé sur la base de nos expériences pratiques notre investissement en alumine avec une petite raffinerie aux Emirats Arabes Unis, qui sera suivie par notre raffinerie en Guinée. La raffinerie en Guinée aura des retombées économiques importantes car elle réduira considérablement le coût global du transport des matières premières.

Donc, pour répondre à  cette fausse information, le développement d’une raffinerie d’alumine en Guinée demeure un engagement et un objectif primordial pour nous. 

Donc, ce ne sont que des rumeurs et des spéculations? Vous confirmez que la raffinerie d’alumine fait toujours partie du projet GAC? 

Notre plan c’est de mettre en œuvre progressivement le projet GAC, avec l’extraction de la bauxite pour des fins d’exportation dans la phase I, et la raffinerie d’alumine dans la phase II et cela n’a jamais changé.

Vous avez couvert une partie de cette question. Si vous le-permettez, je voudrais reformuler la question ainsi: S’il est vrai que les émiratis sont en train de construire une raffinerie aux Émirats Arabes Unis, pourquoi investiraient-ils alors de fonds aussi considérables pour construire une autre ici en Guinée, vu les défis liés au manque d’infrastructures et de compétences appropriées dans le pays? 

Si vous étiez familier avec le processus de production d’aluminium, vous sauriez qu’environ 5 tonnes de bauxite brute sont nécessaires pour obtenir 2 tonnes d’alumine, et 2 tonnes d’alumine pour obtenir 1 tonne d’aluminium primaire. Actuellement, le projet de raffinerie d’alumine Al Taweelah aux Emirats Arabes Unis (dont nous parlons, par exemple) a une capacité  de 2, 0 millions de tonnes par an, ce qui couvre 40% des besoins d’EMAL en termes d’’alumine par an. Donc, à la fin, GAC et ATA serviront à alimenter les fonderies d’EGA à Jebel Ali, Dubaï et à Al Taweelah, Abu Dhabi. 

D’accord, le message est bien clair. Mais pourriez-vous nous dire le cout approximatif et les conditions préalables pour construire une raffinerie d’alumine en Guinée? 

La raffinerie est estimée  à environ 4 milliards de dollars. Ceci est une énorme somme d’argent. Pour réussir notre investissement, il est essentiel de réaliser des études techniques appropriées avant la construction. Les raffineries d’alumine sont des centrales hydro métallurgiques très complexes et doivent être conçues en fonction de la bauxite à traiter et leur environnement d’exploitation. Pour remédier à cela, nous avons entamé une étude conceptuelle qui permettra d’évaluer les différentes options disponibles à notre niveau  à fin de fournir une estimation plus précise des coûts et un calendrier de construction.

Ensuite, nous passerons à une étude de pré faisabilité qui examinera les options préférées de l’étude conceptuelle et identifiera la solution technique optimale. Ceci est alors pris dans une étude de faisabilité bancable qui développera l’ingénierie finale du projet pour préciser les coûts estimatifs et le calendrier. À ce stade, nous pouvons engager nos financiers dans le cadre de la levée des capitaux nécessaires pour la mise en œuvre du projet de raffinerie. 

Ceci est un investissement important, extrêmement complexe et très technique! A quelles entreprises faites-vous appel pour ce type de projet, et quel capital d’expérience disposent-elles dans le domaine ?

Le consultant principal pour ce type de projet est ce que nous appellons dans notre domaine « EPCM » (Engineering, Procurment, Construction & Management »). Pour vous donner une idée, c’est comme si nous étions dans ce contexte un Président de la République et nous nommions un Primer Ministre pour gérer le gouvernement pour nous.  Il y a seulement une poignée d’entreprises que peuvent jouer ce rôle d’ « EPCM » à travers le monde  qui sont capables de concevoir, d’exécuter et d’assister dans la préparation opérationnelle de ce type de projet. Nous avons de bonnes relations avec la plupart d’entre elles.

Le consultant retenu devra passer plusieurs centaines de milliers d’heures pour élaborer et mettre en œuvre la solution. Cela coûte des frais importants, plusieurs dizaines de millions de dollars. La sélection du consultant final est donc un élément essentiel pour réussir le projet. Il y aura d’autres sous-traitants – internationaux et locaux qui répondent à notre approche pour la première phase du projet. 

Intéressant … Quels sont vos grands défis?

Vous avez déjà énuméré quelques-uns: l’infrastructure et les compétences locales appropriées. Un autre défi important est la volatilité des matières premières et des marchés internationaux. Vous êtes au courant peut-être du récent ralentissement significatif dans l’industrie des ressources! 

Pour conclure, en termes simples, quelles sont les retombées économiques que ce projet pourrait engendrer pour la Guinée?

Bien! Une excellente question. Avec GAC, pour la première fois depuis des décennies, plusieurs milliards de dollars américains seront investis pour développer un mégaprojet de classe mondiale selon les normes internationales les plus élevées en Guinée. Ce projet permettra d’améliorer considérablement la crédibilité et l’image de la Guinée en tant que pôle d’attraction pour l’investissement dans un marché difficile et fortement concurrentiel, maintenant et dans les années à venir. Il est très important que la Guinée démontre et crée un environnement qui rassure les investissements pour les mégaprojets, et la communauté financière internationale.

GAC améliorera la situation financière de la Guinée et contribuera au produit intérieur brut du pays. Nous avons aussi les opportunités d’emploi qui seront créées en faveur des  Guinéens à travers un programme de développement de compétences à travers plusieurs volets pour permettre aux employés guinéens d’avoir un meilleur niveau  de compétences. Nous allons également mettre l’accent sur le développement durable des communautés locales impactées par nos opérations dans la région de Boké.

Nous nous engageons à contribuer à construire un futur fait d’espoir, d’opportunités et de fierté pour la Guinée. 

Merci Madame! 

C’est moi qui vous remercie!